Je me suis garé là-dessous
l'autre jour...
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Je me suis garé là-dessous
l'autre jour...
Je ne sais pas
si vous avez remarqué, mais quand monsieur sort avec Titine, ou plus exactement dans Titine, monsieur aime savoir où il va. Il y a comme l'indice d'une virilité franche, quelque chose comme une
mâle assurance quand, grâce à Titine, monsieur s'ébranle directement et rapidement, surtout qu'en plus, il aura eu la sagesse de retenir l'option mains libres. Quand Titine fait tout le travail,
monsieur peut savourer d'un air discret, mais grivois, les délicieuses viscosités du paysage
« Reluque la tronche à la pouffiasse
Vise la culasse
Et les nibards ». (Renaud, Marche à l'ombre)
Même si, quand même, Titine ne peut pas accomplir toute seule l'ensemble des opérations. Monsieur doit entretenir a minima la relation : passer le bon rapport, appuyer ici ou là, tourner, faire crier quand il le faut, déployer la capote en cas de menace, s'assurer aussi que l'engin est tout le temps assez gonflé. Entre l'homme et Titine, c'est tout pareil qu'une histoire d'amour. Et Titine a des arguments, de plus en plus d'arguments. Quatre belles jantes, un pot d'échappement à épater, et empoisonner, toute la compagnie, des essuie-glaces qui se déclenchent tout seuls à la première goutte, des phares au xénon qui s'allument comme des grands quand il faut, non vraiment les Titines modernes nous allument tous.
Préférez-vous votre voiture à votre femme ? Il faudrait poser la question au fameux échantillon représentatif, et je suis sûr que nous serions étonnés du résultat, y compris quand la femme est belle comme un camion. C'est surtout que madame est de moins en moins bienvenue dans l'habitacle renforcé et que, si ça continue, nous allons au crash test. La faute à un nouvel attrait de Titine, qui parle désormais comme madame, même mieux que madame, sans se tromper tout le temps. On commence par se tromper, on finit par tromper car dans notre triste monde les Titines attentent à la paix des foyers. Tout vient de cette voix suave qui dit à chaque coin de route, « au prochain carrefour, tournez à droite », ou bien « au rond-point, prenez la troisième sortie », ou bien « faites demi tour dès que possible ». Monsieur s'habitue à cette muse gps enchanteresse, cette liturgie du macadam et madame, en dépit de la climatisation, ça la fait suer qu'il conduise ainsi les yeux fermés et qu'à cause de ça la joyeuse équipée finisse au fond du réservoir,
« Dans cette banlieue de bidonvilles
Y a pas une pompe ouverte la nuit!
Dans le lointain y a une sirène qui s'évanouit...
Qu'est ce que j' vais faire bordel de dieu? » (Renaud, Les Aventures de Gérard Lambert)
Alors, quand au lieu des vocalises délicates, monsieur entend depuis le siège placé immédiatement à côté de lui, « tu parles, pov'cloche, fallait tourner là », chacun comprend, et partage, sa stupéfaction, son incompréhension, et bientôt sa vindicte. A l'arrière, les enfants dessinent déjà le portrait du gentil juge compréhensif qui les attribuera ou bien à monsieur ou bien à madame et sans doute, le temps de l'orage, se plongent dans leur console DS qui, en dépit de son nom, elle au moins, n'a pas la mauvaise idée d'indiquer la route. Reste qu'avec un gps, un couple prend assurément un mauvais chemin, celui de la dispute, celui du guide de la route éventré et bientôt du véhicule abandonné, soit que madame aura déserté la tôle conjugale, une vraie prison pour la femme, soit que monsieur l'aura attachée à un arbre sur le bord de la départementale. Non, je vous en conjure, chères auditrices, ne laissez pas votre époux seul avec son gps. Mais profitez au contraire des préliminaires pour évaluer ensemble les sentiers à arpenter, effeuiller tendrement Michelin qui est l'ami des familles et la garantie d'un transport amoureux. Enfin à condition qu'ELLE sache lire une carte, ce qui reste à démontrer. Evidemment il y aurait une autre solution. Laisser le volant à madame. Mais ça, ce serait tout envoyer en l'air !
Ultime émission de la saison ce lundi, avec André Perraux, responsable d'un
mouvement diocésain, David le Roux, membre du bureau des Jeunes Socialistes et Henri Lastenouse, spécialiste des questions européennes. Rendez-vous à l'antenne de RCF Alpha à 18h22, et ça
s'appelle "Qu'est-ce qu'on en pense ?"...
Quand j'entends ce prélude au bac, je me demande ce qu'on
gagnerait à en échanger. C'est pourtant, cher André Perraux, cher David Le Roux, cher Henri Lastenouse, l'exercice auquel nous allons nous risquer, commenter les fameux sujets de philosophie sur
lesquels l'avenir de la France, notre beau pays, s'est penché un peu avant nous, mais certainement pas aussi bien que nous. Je sais, Messieurs, que votre impartialité fera l'objectivité de notre
demi-heure radiophonique. Ou serait-ce l'inverse ? Faut-il que nous soyons objectifs ou impartiaux ? Objectivement impartiaux, impartialement objectifs, telles sont au fond les
soubassements épistémologiques de notre monument historique et académique. Et, chers amis, de grâce, ne me répondez pas qu'il y a des questions auxquelles nulle science ne répond, car ce serait
malhonnête, et chacun sait pourtant que la malhonnêteté n'est pas naturelle, ni aux brigands, ni aux autres. Non, en disant cela, votre langage trahirait votre pensée. N'avez-vous donc aucun
principe moral ? N'avez-vous pas envie de désirer l'impossible, quand tant de nos auditeurs attendent cette jouissance venue de vos mots, même s'ils n'en ont sans doute pas une vraie
conscience ? Sont-ce tous ces micros, tous ces casques, tous ces fils devant nous qui vous font hésiter à vous charger de ces petites affaires philosophiques pour leur préférer les affaires
générales, celles qui n'occupent que les principaux citoyens ? Le développement technique transforme-t-il donc à ce point les hommes ? N'oubliez pas cependant ce propos d'Alexis de
Tocqueville : « On peut, par une action d'éclat, captiver tout à coup la faveur d'un peuple ; mais pour gagner l'amour et le respect de la population qui vous entoure, il faut une
longue succession de petits services rendus, de bons offices obscurs, une habitude constante de bienveillance et une représentation bien établie de désintéressement. » Quelle idée de la
vérité et de la justice se fait un responsable de mouvement diocésain ? A quel impossible rêve un membre du bureau des Jeunes socialistes ? A quel bien public aspire un artisan de la
construction politique de l'Europe ? Dans un instant, André Perraux, David Le Roux et Henri Lastenouse, vous nous direz ce que vous en pensez.

Le Haut Commissaire Martin Hirsch n'est pas resté inactif dans sa solidarité, et les exclus n'en sont pas encore revenus. Revenus du... travail. Comment pourraient-ils revenir du travail quand la récession économique broie l'activité et fait dramatiquement monter la courbe du chômage ? En pareille circonstance, les sans-qualification sont immédiatement menacés, certains balayés, mais certainement pas embauchés. La crise vient rappeler cette leçon macroéconomique que le monde développé a mis tellement de temps à admettre : c'est la croissance qui fait l'emploi, davantage sans doute que la bonne volonté de ceux qui en sont privés, les bons ou les mauvais pauvres, davantage aussi que les coups de pouce gouvernementaux conjoncturels. Ceci dit, le Revenu de Solidarité Active modernise l'action sociale. La mesure relève, de fait, du compromis à faire rougir un parlementaire européen. L'idée était née dans les milieux rocardiens, les cénacles des créateurs du RMI, et elle fut finalement inscrite dans notre droit par la volonté d'un Président de droite. D'aucuns s'en étonneront, d'autres moins mais nous laisserons-là ce questionnement, pourtant fort ensorcelant, de philosophie politique contemporaine. Nous nous demanderons seulement si la réflexion gouvernementale n'a pas fait preuve, en la matière, d'une coupable pauvreté.