Mardi 19 avril 2005
rcf Alpha Bonjour à vous, bonjour à tous, On ne voit toujours pas la ville à cause des maisons. Parce que l’avenir tient dans une patate. Oh pas celle que notre équipe de foot préférée envoie dans les buts adverses. Non je parle du noble tubercule comestible de la morelle tubéreuse, celui ramené par Parmentier du pays des peaux rouges, celui qu’on butte avec attention, celui que les ministres de Louis XVI s’efforçaient de manger sur les places des villes et villages parce que le légume était réputé malfaisant, empoisonné, vénéneux. Nos Charlotte, Roseval, Ratte, Belle de Fontenay n’ont jamais, au contraire, été plus bienfaisantes. Mais, modestes, nos patates n’aiment pas faire parler d’elles, encore moins il est vrai parler d’elles. Faisons-le, il est temps en effet de pousser un hymne à la pomme de terre d’amour. Les hommes sont aussi buttés que les patates. Qu’est-ce qui distingue un homme d’une patate ? Au volant, rien. On citera le fameux « Va donc eh patate » qui continue d’enjoliver nos parcours. Cependant, dans ses moments civilisés, l’homme, c’est l’une des leçons du grand Vercors qui savait de quoi il parlait, dans ses moments civilisés donc, l’homme est un « animal dénaturé ». Quelle autre espèce sait user de grigris ? Quelle autre espèce sait transformer d’improbables légumes en mets réjouissants ? L’homme est tout, sauf un légume. Parfois, l’animal dénaturé ne fait plus que recourir à ses grigris. Et c’est bien le problème car l’excès de grigris dénature l’humanité. Nous avons depuis quelques années un fameux gri-gri : il s’appelle la journée sans voiture. Plusieurs cités s’y sont aventurées, elles sont un peu moins nombreuses chaque année. Une mentalité hygiéniste a déclaré l’automobile indésirable dans les centres-villes bourgeois (les ZUP continuent à véhiculer sans que, semble-t-il, on s’inquiète de pollutions similaires). Selon que vous serez puissant ou misérable… Je me suis promené sur les boulevards un jour comme celui-là. Mon Dieu, c’était Hibernatus. Sur une grand’place j’ai vu des carrioles avec des enfants ravis dessus, des chevaux inquiets devant. Ces mêmes enfants que, quelques heures plus tard, les parents viendront récupérer en… voiture. Il paraît que la journée sans voiture est bonne pour l’environnement. Mais voilà, la journée sans voiture pollue la politique. La politique ? Vous savez le machin qui sert à faire discuter, à écarter l’émotion et l’immédiat aussi. Que faut-il faire, car il faut évidemment faire quelque chose pour laisser à nos enfants une planète encore habitable ? Faut-il se pavaner à la festive nature pride qu’est devenue la journée sans voiture ? Faut-il informer les citoyens des progrès accomplis, des questions non résolues, des moyens en réserve, des transformations législatives opérées, du travail silencieux des savants et des ingénieurs ? Qui n’a pas intérêt aux biocarburants, ce résultat d’improbables manipulations autour de la patate, pleine de ressources je vous le disais à l’instant ? Qui sait les efforts de l’Union européenne en la matière ? Voilà ce que réclame une démocratie loin des paillettes : faire son devoir de grisaille car il faut à la patate une politique digne des services rendus. Si j’osais, je dirais que la patate c’est super. La preuve : ça fait avancer les voitures. « Patatoïde ». C’est l’adjectif que l’aéronavale utilise, je cite le délicieux dictionnaire des métiers de Pierre Perret, « pour un pneu en forme de patate après un freinage excessif ». Notre démocratie est patatoïde, peut-être tout simplement parce qu’elle manque de blé ! Yohann Abiven
Par Yohann Abiven - Publié dans : Billets d'humeur à la radio
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Mardi 19 avril 2005
RCF Alpha Bonjour à vous, bonjour à tous, On ne voit pas la ville à cause des maisons. Parce que plus personne ne gouverne. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi, je reçois du courrier de la mairie. Oui madame, oui monsieur, ma boîte aux lettres accueille de ces plis précieux à entête de la République. Oh pas des missives de nature à changer la vie d’une cité, non ce serait plutôt des lignes d’information : à telle date une réunion, à telle autre une réception, parfois une inauguration, jamais un défilé car ça on est censé connaître les dates. Un jour je vous en parlerai des défilés. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi, à chaque fois que je reçois une enveloppe, imaginer la main qui a glissé la feuille dans cette enveloppe et au bout de cette main la personne qui normalement s’y trouve, et bien ça me rassure sur l’humanité, sauf bien sûr quand il s’agit d’une lettre anonyme, mais j’en reçois finalement assez peu. On se souvient de Desproges s’adressant non à Giscard mais « à l’homme qui se cache derrière vous ». Et Giscard, euh Le Luron, de se lever et chercher derrière son fauteuil l’homme qui se cachait derrière lui. En somme, une enveloppe c’est la même chose : derrière un courrier, il y a une petite main et au bout de cette petite main, etc. je ne vais pas recommencer… Et quand il s’agit d’une mairie, il y a parfois la main du maire et donc, parfois, le maire au bout de la main. Les courriers ne sont certes pas toujours faits main, si je puis dire. Parfois, c’est une machine qui remplace la main. Du côté de l’expéditeur naturellement, rarement du côté du destinataire. Nul n’irait en effet adresser sa prose à une machine. On peut trouver à se plaindre d’un automate, mais la plainte il faut bel et bien l’adresser à un homo sapiens que l’on ne trouve pas justement assez sage. Et il faut en plus être l’une de mes bonnes amies pour demander, au téléphone, à un employé de la SNCF qui lui explique gentiment que sa requête ne peut être honorée « à cause de l’ordinateur », pour demander donc à cet employé de la SNCF de bien vouloir « lui passer l’ordinateur ». Ordinairement, on ne parle pas à un ordinateur, on ne lui écrit pas non plus. Conservons à l’humain ce juste privilège. Enfin, le juste privilège, c’était avant ce courrier signé des services de la ville de Rennes et destiné à m’expliquer tout un tas de choses. Notamment la manière d’écrire au premier édile. Je lis donc ce conseil : « Le courrier est adressé de manière impersonnelle à Monsieur le Maire ». Comment cela ? Monsieur le Maire n’est personne ? La cité n’est donc pas gouvernée. Le fauteuil est vide, qui décide ?, où est le drapeau ?, qui le tient ?, les mots de Clémenceau fument encore. Si je comprends bien, à la mairie, « Edmond, Edmond, y’a le téléphon qui son et y’a person qui y répond ». Trente ans que de grands esprits fort savants expliquent qu’en démocratie le pouvoir est un lieu vide, parce qu’il est indéterminé, ouvert à la compétition et parce que ses décisions sont réputées détachées des traditions. Il fallut plusieurs livres à nos grands esprits fort savants, il faut une demi-ligne aux services de la ville de Rennes où le maire, son nom c’est personne. Ah, ces fonctionnaires… Souhaitons leur de ne pas « se faire ramoner les fusibles ». A la Poste, justement, cela revient à, je cite le Parler des métiers de Pierre Perret, « recevoir une réprimande ». Yohann Abiven
Par Yohann Abiven - Publié dans : Billets d'humeur à la radio
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Mardi 19 avril 2005
RCF Alpha On ne voit pas la ville à cause des maisons. Parce que Jean-Marie Le Pen a parlé. Parce qu’on a parlé de Jean-Marie Le Pen qui a parlé. Parce que je vais parler de ceux qui ont parlé de Jean-Marie Le Pen, qui a parlé. Le problème avec Jean-Marie Le Pen, c’est que, quand il parle, on en parle et on n’en dit pas grand-chose. Il faudrait réussir à ne pas en parler tout en disant beaucoup. Plus personne ne parlait de Le Pen, c’est à peine si on ne se demandait pas ce qu’il était devenu. Le Menhir s’en était rendu compte, que plus personne ne parlait de lui. Il fallait qu’il parle pour retourner micros et prjecteurs. Et il a parlé. Oh pas dans Le Monde ou dans Le Figaro, non il s’est adressé à une presse sordide, antisémite. Et il a dit qu’en somme la Gestapo se rapprochait d’une force de maintien de la paix : c’est sans doute qu’à l’époque la mode n’était pas au casque bleu mais bel et bien à l’imperméable de cuir noir. Mais à part ce « détail », selon M. Le Pen, sauf quelques bavures inévitables, le bilan est globalement positif, pas particulièrement inhumain en tout cas. Le quotidien de référence, celui paraissant l’après-midi, a aussitôt consacré trois colonnes aux déclarations du Président du Front national. Ce que justement ledit Président attendait : qu’on parle de lui. Pour dire quoi ? Pour manifester scandale et condamnation, bien évidemment, et argumenter parce qu’un quotidien de référence ça argumente. Et de citer pêle-mêle les fusillés de Chateaubriand, les pendus de Tulle, les innocents d’Ouradour-sur-Glane. Cela en valait-il la peine ? Laissons les fusillés de Chateaubriand, les pendus de Tulle, les innocents d’Ouradour-sur-Glane en paix, cette paix que nous leur devons. Ils ne méritent pas d’être convoqués à de si misérables échanges, leur sang versé, il le fut sur l’autel de la République et nous leur devons un débat à leur mesure, qui est immense, et qu’un menhir ne dispute sûrement pas. N’offrons pas à M. Le Pen un bataillon d’exécution, car c’est ce qu’il réclame. Taisons-nous, c’est plus sage. Pensons-y toujours, n’en parlons jamais. Ce n’est sans doute pas un hasard si ces propos sont tenus quelques jours après la sortie, en France, d’un film sur les derniers jours d’Adolf Hitler. La Chute, puisque c’est son nom, fait dire pas mal de choses. Certains y voient une occasion de déchiffrer la complexité humaine du nazisme, d’autres craignent justement une humanisation – entendez une relativisation – du mal absolu. Le philosophe Michel Faucheux fait partie de ces derniers. Témoignage chrétien lui a donné la parole et Michel Faucheux relève que « toute l’esthétique contemporaine avide d’images, de films-réalités, qui croit à l’immédiateté d’un sens contenu dans l’apparence semble incapable de saisir le nazisme qui ne fut ni banal ni familier. Ceci est inquiétant ». Si je comprends bien, dans cette affaire, ce qu’il faut redouter ce ne sont pas tellement dans nos cinémas des rangs et des rangs de skinheads à mouchoirs que les messieurs tout le monde, les foules consuméristes et moutonnières, les cibles consentantes de la télé-réalité, incapables d’une appréciation distanciée. Pourquoi ne pas le dire carrément ? Parce que sans doute La Chute présente parfois Hitler comme un monsieur tout le monde. Le mal, fût-il absolu, n’est aucunement transcendant, il traverse chacun de nous et c’est cette insupportable réalité que le film nous rappelle. Sommes-nous abrutis au point de ne plus le comprendre ? Ce serait inquiétant. Faut-il donc « colorier la nuit en bleu », comme on joliment dit dans la police, au moment, je cite le merveilleux Parler des métiers de Pierre Perret, au moment donc d’« actionner le gyrophare » ? Yohann Abiven
Par Yohann Abiven - Publié dans : Billets d'humeur à la radio
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Mardi 19 avril 2005
RCF Alpha Bonjour à vous, bonjour à tous, On ne voit pas la ville à cause des maisons. Parce qu’on fait confiance à n’importe qui. On sait que la confiance ça tient à pas grand chose. Et le pas grand chose est moins que rien quand on parle d’économie. La compétitivité, la réputation, ça se paie. Et ça se perd plus facilement que ça ne s’acquiert. Voyez un peu, la rumeur publique qui dit que la lessive X laisse des traces, que la voiture Y s’emballe dans les virages et patatras tout par terre, les ateliers sens dessus-dessous et l’ANPE qui se profile. Non vraiment, on n’est jamais assez prudent, l’entreprise c’est une équipe qui gagne, mais une équipe fragile, comme de frêles brebis qui, évidemment, ne sauraient tolérer le loup chez elles. Les loups sont entrés dans l’usine, aurait pu chanter Reggiani. Mais que font les recruteurs ? Et bien ils se penchent sur le problème avec le sérieux qui sied, sans doute, à ce genre de profession. C’est l’histoire d’une jeune femme qui enfile les contrats à durée déterminée. Six mois par ci, trois mois par là, un mois tout récemment. Elle est secrétaire de direction et l’autre jour elle passait par une boîte d’intérim, comme on dit, pour obtenir ce mois de remplacement dans une grande entreprise de restauration. Un mois, ce n’est pas grand chose mais j’étais content pour elle. Elle, aussi. Ce fut finalement assez simple, me confia-t-elle, parce que l’analyse graphologique avait révélé qu’on pouvait lui faire confiance. Je résume pour vous laisser imaginer le charabia des conclusions des graphologues et surtout les intenses spéculations morales autour des l penchés juste comme il faut, des m auxquels il ne manque aucun pont, des o à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Enfin c’était bien, mieux en tout cas qu’au moment de postuler à un précédent poste : la graphologue d’alors avait trouvé cette jeune fille potentiellement colérique. C’est curieux ces charlatans pas d’accord. Sont-ils au moins des charlatans à qui les décideurs économiques peuvent faire confiance ? Il faudrait aussi sans doute améliorer les conditions de leur recrutement, considérer aussi leur écriture. Faisons cela et vous verrez, on aura une fronde de Mme Irma hystériques dans les rues, manifestant leur mécontentement devant de tels procédés. Quand on pense tout de même que des patrons dépensent tant d’euros pour s’adjoindre les services de cabinets de recrutement, alors qu’une caravane à l’entrée des bureaux, une vieille femme dans la caravane, une boule de cristal devant la vieille femme dans la caravane, un châle à frange sur la vielle femme, pas sur la caravane et l’affaire est entendue. Faisons cela et vous verrez, on aura une fronde de recruteurs indépendants dans les rues, manifestant leur mécontentement devant de tels procédés. Il faudra cependant penser à laisser ouverte la porte de la caravane. Parce que si elle était fermée, le chômeur se présenterait, frapperait, et à tous les coups, la voyante demanderait : « Qui est là ? ». Comment recruter des voyantes qui voient ? Tout est là ! Yohann Abiven
Par Yohann Abiven - Publié dans : Billets d'humeur à la radio
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