Vendredi 18 septembre 2009

La majorité présidentielle aurait-elle commencé ce chemin pénible, cette pente qui est souvent raide et qui conduit à Reims en pensant se rendre à Seignosse ? Y aurait-il comme une partisocialisation de l’UMP parce qu’à son tour la formation sarkozyste devrait faire face à des incidents à peine croyables de la part de grands professionnels ? Le PS aurait besoin de Girard, mais Freud serait objectivement à l’UMP. Le parti qui rassemble désormais toute la vraie droite de gouvernement et même un peu plus, serait une sorte de Ça, avec un chef grand gardien, comme un Surmoi, et un discours des circonstances présentables : le Moi. Sauf qu’à Seignosse, le Ça l’a emporté, y compris devant des caméras qui ne s’étaient même pas cachées pour saisir ce qui est devenu une grande messe du web. Car que celles et ceux qui n’ont pas regardé la vidéo de Brice Hortefeux et ses distingués amis me jettent la première pierre, y compris d’ailleurs les langues si morales qui, bouleversées, ont crié au scandale en face de cette nouvelle avancée démocratique. Car il y a tout de même quelque chose d’étrange dans cette coutume qui consiste à se lamenter d’une politique de langue de bois tout en s’alarmant des conséquences catastrophistes quand les mots de la convenance politique se taisent un instant. Autrefois, nous regardions parfois « l’Heure de Vérité », c’était le dimanche à midi. A l’époque, il y avait bien l’heure, mais moins sans doute de vérité. Désormais, nous avons la vérité, et en quelques minutes. C’est-y pas beau ?

Par Yohann Abiven - Publié dans : Qu'est-ce qu'on en pense ? - Communauté : Politique française
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Vendredi 18 septembre 2009

Le questionnaire que la direction du Parti socialiste s’apprête à adresser aux fidèles militants de Jaurès ne demande pas s’il faut appeler René Girard au bureau national de la formation politique. Nul doute pourtant que l’académicien saurait instruire les camarades et dévoiler l’irréversibilité des coups du sort qui, à force, font faner la rose. René Girard nous a dit qu’à la source de l’œuvre de la civilisation fut le crime d’un doux agneau qui, après tout, parce que nous sommes désormais des évolués, peut être une douce agnelle. L’agnelle était innocente, sauf qu’il ne fallait surtout pas le dire, pour l’accuser au contraire des pires maux, gnangnanisme dans la parole, participationnisme sur la foule, cheapisme sur l’écran et surtout, myopisme impénitent, visionnisme même parce que l’agnelle désignée coupable, chèvre-émissaire, ne voyait qu’un seul bulletin au nom de Martine Aubry quand, d’évidence, il y en avait deux. Girard nous enseigne aussi que la cohésion sociale-iste commence à aller mal quand certains se rendent compte que le condamné n’avait pas volé l’orange du marchand. La réhabilitation de l’agnelle, bientôt couverte d’une couronne d’épines, dissout le groupe, y sème la division, ramène à une époque… primaire ! Comment refaire de la fraternité après Jésus, après Dreyfus, après Ségolène ?, tel devrait être le sujet de composition de nos futurs énarques qui sont aussi nos futurs éléphants. Quoi qu’il en soit, les Ponce-Pilate à trompe de la jungle socialiste, vieux ou mois vieux, auraient pour l’instant plutôt tendance à prendre la défense de Martine Barabbas.     

Par Yohann Abiven - Publié dans : Billets d'humeur à la radio - Communauté : Politique française
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Samedi 22 août 2009

Le palais de Buckingham va accueillir encore plus de grosses légumes. Car celle qu’il abrite vient d’autoriser la culture d’un jardin dans l’enceinte du royal palais. Des productions de la terre qui raviront bientôt les royaux palais de mets délicats et raffinés et… biologiques. Car, c’est là l’autre particularité du potager de Sa Majesté, il est écologiquement sain, il se développera durablement, un peu au fond comme sa royale patronne, qui est bien conservée. Il faut dire que son prédécesseur jardinier n’avait pas fait long feu, c’est le cas de le dire puisque des rangées d’oignons avaient été installées dans le royal garden au moment de la Seconde Guerre mondiale, quand il fallait donner l’exemple et en la matière, la famille royale britannique n’a pas failli.

« C'est un jardin extraordinaire

Il y a des canards qui parlent anglais

Je leur donne du pain ils remuent leur derrière

En m'disant Thank you very much Monsieur Trenet »

Pourtant, savoir The vegetal Queen bientôt le râteau à la main autour de ses tomates non ogéémisés, cela fait désordre, shocking même. Allez savoir pourquoi. Sans doute parce que chacun au fin fond de son lui-même pourtant moderne, chacun donc redoute une ladydisation de la grande dame qui succombe désormais aux modes évanescentes du siècle. Tout, décidément, fout le camp… La presse va s’en faire des choux gras de ce nouveau royal hobby. Les peuples ont les princes qu’ils méritent. D’un côté du Channel, des montres onéreuses, tapageuses, bling bling, et de l’autre, des bonnes, grasses mais ineuvisibeule salades. Les Windsor ont pour eux le vernis des siècles, une certaine conception des bonnes manières, prudentes et réservées, même si la jeune génération, parfois, déçoit. Ce sont d’anciens riches quand d’autres en sont de nouveaux. La différence ne tient qu’à une feuille de salade.

Par Yohann Abiven - Publié dans : Billets d'humeur à la radio - Communauté : commentaires sur actualité
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Samedi 8 août 2009

Il faudrait être myope pour ne pas connaître Vu(e) sur Rennes. Vue(e) sur Rennes, c’est un beau magazine gratuit de promotion commerciale. Un support luxueux et glacé, un beau grammage, bref de la tenue, une très belle vue sur Rennes. Et un phrasé à mettre en appétit, comme ce « voyage gourmand au long cours » de la page 3 du numéro 4. On décolle complètement  grâce à  un « brin de Provence et une pincée d’Italie dans une bolée de Bretagne » (p. 9).  Du côté des chiffons, que dis-je, du côté de la « fluidité des matières comme une caresse sur votre peau » (p. 18), de pareilles images font et défont les productions et les styles. Des vêtements et, surtout, le corps qu’ils parent, ce corps qui, « pour acquérir une certaine fluidité, se modèle avec l’esprit » (p. 21). Les temps sont manifestement propices à la fluidité et à tous ces machins travaillés pour être plus jolis. Jusqu’aux plantes vertes, « when design meets plants » sur « un mur végétal d’intérieur associé aux cascades et fontaines murales métalliques » (p. 22). Faire un choix entre tant de tendances, c’est s’arracher les cheveux, sauf heureusement dans « le nouveau salon […] aux lignes épurées, ouvert depuis septembre 2008 » (p. 22). Presque comme ce « magasin de 85 m² qui a été entièrement redécoré dans un esprit contemporain chic » (p. 23).

« Chemises d'organdi, chaussures de zébu

Cravate d'Italie et méchant complet vermoulu

Un rubis au doigt... de pied, pas çui-là

Les ongles tout noirs et un très joli p'tit mouchoir

J'vais au cinéma voir des films suédois

Et j'entre au bistro pour boire du whisky à gogo

J'ai pas mal au foie, personne fait plus ça

J'ai un ulcère, c'est moins banal et plus cher » (Boris Vian)

Et puis, entre les sushis à la mode et ce « paradis qui est d’avoir une boutique à Dinard », Stop Taupe. Vous avez bien entendu ! Stop Taupe… dans la luxuriance de ces pages, où finalement le phosphure d’hydrogène a aussi sa place. Le phosphure d’hydrogène, c’est ce produit phytosanitaire qui ne se trouve pas dans le commerce et qui sert à adresser à Saint-Pierre les petits mammifères fouisseurs de l'ordre des insectivores, qui vit sous terre dans les sols humides et meubles. Un fumigène qui aurait un air terroriste dans ce magazine glamour si son utilisation n’était réglementée par le ministère de l’agriculture. On respire, enfin plus que la taupe, et ses « pattes griffues » comme dit joliment le rédacteur de Vu(e) sur Rennes, décidément inspiré pour enjoliver notre vallée de larmes. L’auteur des lignes publicitaires ajoute aussi que l’administration, qui surveille Stop Taupes de près, permet à l’artisan de « traquer la taupe aux quatre coins de France depuis trois ans et demi ». Pauvre homme que celui-ci ! Trois ans et demi, 42 mois, 1277 jours à faire fumer sa préparation contre la bébête qui n’y voit pourtant goutte. Un peu plus et on douterait de l’adresse humaine, et on soupçonnerait notre bon La Fontaine d’avoir confondu la taupe et le rusé renard. Une taupe qui échappe au phosphure d’hydrogène depuis trois ans et demi, les temps bel et bien propices à la fluidité !

Par Yohann Abiven - Publié dans : Billets d'humeur à la radio
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