Lundi prochain, je fais mon retour à l'antenne. Dès le lendemain des élections
européennes. Enfin ! Premier billet radiophonique à lire le 8 juin, pas avant !
Olivier Ferrand, le Président de la fondation Terra Nova, faisait l'autre jour
remarquer, c'était dans les colonnes de Libération, que « l'Europe d'aujourd'hui se dresse contre l'Europe de demain ». Et, nous voici, justement, à demain. Le lendemain de la
mobilisation, si l'on ose encore le mot, du plus grand corps électoral démocratique du monde, après celui de l'Inde. Les citoyens de l'Union ont choisi celles et ceux chargés de les représenter à
Strasbourg où se décide rien de moins qu'un morceau du destin de notre humanité. Tu es Parlement et sur ce Parlement je bâtirai mon Europe. Mais cette Europe ressemble à un bien fragile colosse
aux pieds d'argile. La crise de la légitimité politique épargne sans doute encore moins l'assemblée parlementaire élue hier sans que vraiment l'on s'en rende compte. Des esprits éclairés ont pu
qualifier l'architecture institutionnelle de l'Union européenne d'« objet politique non identifié » ; en somme, une construction institutionnelle vraiment inédite, une nouveauté
dans le droit international et constitutionnel, sûrement pas un Etat centralisé, mais pas non plus une fédération. Quelque chose d'autre, un inconnu bancal qui se fabrique jour après jour. Mais
les urnes, et les médias, et les nations, se satisfont mal, au fond, des objets politiques non identifiés, tellement mal identifiés qu'ils n'en sont plus politiques où qu'ils finissent par
faire peur. Le fraient-ils qu'au moins on continuerait à s'y intéresser. N'empêche ! L'objet politique non identifié est pain bénit pour des chefs d'Etat et de gouvernement jaloux des
prérogatives intergouvernementales. Notre nouveau Parlement d'Europe saura-t-il s'emparer de sa mission de rendre l'Europe déclinable dans les catégories communes de la politique en
Occident ? Se ferait-il constituant ? Une dame du parti socialiste l'y invitait l'autre jour à Rezé dans un discours dont la hauteur a hélas échappé aux commentateurs. Il est vrai qu'il
y avait une autre dame près d'elle et que cette guerre des Roses est franchement plus sexy. Quelle ironie cependant d'entendre Ségolène Royal rappeler à Martine Aubry que, quand même, l'Europe
c'est... de l'or !