Le
questionnaire que la direction du Parti socialiste s’apprête à adresser aux fidèles militants de Jaurès ne demande pas s’il faut appeler René Girard au bureau national de la formation politique.
Nul doute pourtant que l’académicien saurait instruire les camarades et dévoiler l’irréversibilité des coups du sort qui, à force, font faner la rose. René Girard nous a dit qu’à la source de
l’œuvre de la civilisation fut le crime d’un doux agneau qui, après tout, parce que nous sommes désormais des évolués, peut être une douce agnelle. L’agnelle était innocente, sauf qu’il ne
fallait surtout pas le dire, pour l’accuser au contraire des pires maux, gnangnanisme dans la parole, participationnisme sur la foule, cheapisme sur l’écran et surtout, myopisme impénitent,
visionnisme même parce que l’agnelle désignée coupable, chèvre-émissaire, ne voyait qu’un seul bulletin au nom de Martine Aubry quand, d’évidence, il y en avait deux. Girard nous enseigne aussi
que la cohésion sociale-iste commence à aller mal quand certains se rendent compte que le condamné n’avait pas volé l’orange du marchand. La réhabilitation de l’agnelle, bientôt couverte d’une
couronne d’épines, dissout le groupe, y sème la division, ramène à une époque… primaire ! Comment refaire de la fraternité après Jésus, après Dreyfus, après Ségolène ?, tel devrait être
le sujet de composition de nos futurs énarques qui sont aussi nos futurs éléphants. Quoi qu’il en soit, les Ponce-Pilate à trompe de la jungle socialiste, vieux ou mois vieux, auraient pour
l’instant plutôt tendance à prendre la défense de Martine Barabbas.


Le palais de
Buckingham va accueillir encore plus de grosses légumes. Car celle qu’il abrite vient d’autoriser la culture d’un jardin dans l’enceinte du royal palais. Des productions de la terre qui raviront
bientôt les royaux palais de mets délicats et raffinés et… biologiques. Car, c’est là l’autre particularité du potager de Sa Majesté, il est écologiquement sain, il se développera durablement, un
peu au fond comme sa royale patronne, qui est bien conservée. Il faut dire que son prédécesseur jardinier n’avait pas fait long feu, c’est le cas de le dire puisque des rangées d’oignons avaient
été installées dans le royal garden au moment de la Seconde Guerre mondiale, quand il fallait donner l’exemple et en la matière, la famille royale britannique n’a pas
failli.
Il faudrait être myope pour ne pas connaître Vu(e) sur
Rennes. Vue(e) sur Rennes, c’est un beau magazine gratuit de promotion commerciale. Un support luxueux et glacé, un beau grammage, bref de la tenue, une très belle vue sur Rennes.
Et un phrasé à mettre en appétit, comme ce « voyage gourmand au long cours » de la page 3 du numéro 4. On décolle complètement grâce à un « brin de Provence et une
pincée d’Italie dans une bolée de Bretagne » (p. 9). Du côté des chiffons, que dis-je, du côté de la « fluidité des matières comme une caresse sur votre peau » (p. 18), de
pareilles images font et défont les productions et les styles. Des vêtements et, surtout, le corps qu’ils parent, ce corps qui, « pour acquérir une certaine fluidité, se modèle avec
l’esprit » (p. 21). Les temps sont manifestement propices à la fluidité et à tous ces machins travaillés pour être plus jolis. Jusqu’aux plantes vertes, « when design meets
plants » sur « un mur végétal d’intérieur associé aux cascades et fontaines murales métalliques » (p. 22). Faire un choix entre tant de tendances, c’est s’arracher les
cheveux, sauf heureusement dans « le nouveau salon […] aux lignes épurées, ouvert depuis septembre 2008 » (p. 22). Presque comme ce « magasin de 85 m² qui a été entièrement
redécoré dans un esprit contemporain chic » (p. 23).
Il se produit
en France, notre beau pays, une révolution capitale. Capitale, c'est le mot, dérivé de caput, capitis, la tête du latin et la nôtre depuis. La révolution est moins dans
nos têtes que sur nos têtes. J'achève à peine ma tournée des mariages estivaux et voilà qu'il me faut bien admettre que les belles mamans ne portent plus guère en ces circonstances, pas plus
qu'en d'autres probablement, ces chapeaux improbables qui les rendaient naguère un petit peu ridicules et d'ailleurs, pas forcément belles.